samedi 19 mars 2016

Comment se libérer d’une rancune ?



Comment récupérer sa sérénité après un licenciement discutable ? Comment tourner une page douloureuse ? Comment se sortir d’une expérience relationnelle traumatisante ? Comment se libérer d’une rancune ?
La réponse est une épreuve en soi : on se libère de rancunes par le pardon.  Le pardon est un processus de réconciliation. Il peut servir aussi au bien-être physique, mental et émotif. Celui qui est capable de le pratiquer augmente même l'estime de soi.
Familles déchirées « de générations en générations », fratries brouillées « à mort », couples écorchés à vif, amitiés brisées « pour toujours », équipes « irrémédiablement » divisées, collègues ennemis « jurés » …Ces accidentés sociaux sont à la fois, les auteurs et les victimes des leurs propres débordements. Leur refus, ignorances, intransigeances, sont autant de formes d’incompétences émotionnelles qui les conduisent à trahir un devoir de solidarité morale et matérielle envers leurs communautés.
Le plus souvent, ces accidentés sociaux occasionnent et subissent simultanément une rupture brutale et tragique de la relation. Toute une palette de séquelles s’installe tant que perdure cette situation inachevée : tourments, souffrances, rancunes, ressentiments, projections, colères, etc. Chaque partie semble bloquée, plongée dans une solitude existentielle, empêtrée dans le processus qui l’a conduite à la rupture du contact.
Il existe deux méthodes pour traverser ces épreuves et en limiter les dégâts :
1.       Celle qui consiste à attendre que le temps finisse par en atténuer les effets sur votre ego.
2.       Celle -beaucoup plus rapide et infiniment plus riche en enseignements- qui vous conduit à réparer en vous-même les dégâts causés par des compétences personnelles insuffisamment développées.

C’est cette deuxième approche que nous choisissons de vous présenter ci-après. Nous vous proposerons de prendre en main votre propre rétablissement et de sortir par le haut de toutes sortes d’accidents sociaux.
Parce qu’elle s’intéresse aux conditions qui favorisent le bon déroulement d’une expérience, l’approche Gestalt propose une réponse constructive à cette question. Nous vous renvoyons au chapitre 3 de l’ouvrage « Manager d’élite » pour plus de détails sur cette approche.

Pour une rémission

1.       Nommer le traumatisme en s’appuyant sur les émotions qu’il suscite (roue de Plutchik).

Tristesse, colère, peur, résignation, aversion, outrage… Parler de sa propre expérience. Attention à ne pas confondre des faits objectivement observables et des interprétations personnelles.

Exemple 1 : (colère)
Je suis en colère car il m’a menti en ne respectant pas sa promesse.
Exemple 2 : (outrage)
Je suis outragé par leur manque de respect.







2.       Nommer et détailler l’offense
Confiance, irrespect, trahison, manipulation, tromperie, mensonge, abus de pouvoir, contrainte, menace, insultes, humiliation, honte ?...
Qu’est-ce qui me rend si sensible à cette offense ?
Exemple 1 : (trahison)
Je n’accepte pas que l’on trahisse ma confiance. Je me sens manipulée, il est hors de question de passer l’éponge si rien ne change.
Exemple 2 : (insolence)
Je ne supporte pas une telle insolence de la part de mes enfants adultes.

3.       Identifier vos vulnérabilités
À quels dangers cette offense m’expose-t-elle ?
Il est important d’être honnête avec soi-même car cette étape fait apparaître une vulnérabilité personnelle identifiée ou à identifier.
Une autre façon de poser cette question d’étape 3 est la suivante : « de quelle vulnérabilité est-ce que je me préserve en légitimant mon intransigeance ? ».

Exemple 1 : (crédulité)
J’ai tendance (besoin ?) à croire tout ce que l’on me dit. Je sais que je suis plutôt naïve, vulnérable à la manipulation, à la tricherie, etc.

Exemple 2 : (pouvoir)
J’ai peur de perdre mon autorité de chef de famille et d’exposer des fragilités dont j’ai honte.

4.       Réévaluer votre responsabilité
Votre responsabilité dans le blocage actuel se cache derrière votre condamnation des autres. Si vous êtes déconcerté à cause d’une fragilité de votre système de défense, faut-il pour autant que les autres en soient tenus pour les seuls responsables ?

Exemple 1 : En réalité, je suis facile à duper. Je prends conscience que je lui en veux de m’avoir menti parce qu’il n’a pas tenu compte de ma fragilité. (C’est peut-être ridicule mais je dois reconnaitre que c’est ma réalité).
Ma responsabilité = la candeur avec laquelle j’accorde ma confiance.

Exemple 2 : Mon statut social c’est ma sécurité. Je t’en veux de m’avoir mis en insécurité en ne t’y soumettant pas.
Ma responsabilité = orgueil ou conventions personnelles non partagées concernant le rôle dominant du chef de famille.

5.       Pardonner
Il faut se pardonner beaucoup à soi-même pour s’habituer à pardonner beaucoup à autrui. (Anatole France)
 Si votre implication dans les 4 étapes précédentes venait confirmer la pénible évidence de votre responsabilité dans l’accident social qui vous encombre, alors votre bonne foi – à elle seule- suffira à vous réparer et à tourner la page. Le travail d’introspection qui vous a conduit à ce constat vous honore. Vous méritez la clémence envers vous-même. Apprenez à vous pardonner.

Le pardon ne permet pas d’effacer le passé d’une relation, mais il permet à celle-ci d’avoir un avenir.
Par contre, lorsque cette analyse renforce la conviction que les responsabilités sont partagées, alors chaque protagoniste devra prendre en considération le fait que s’il a parfois été offensé, il a peut-être – à d’autres moment- été offenseur. Cette reconnaissance permettra de conduire les protagonistes vers l’indispensable chemin de l’empathie. Le témoignage de l’empathie de l’offenseur est capital. Il conditionne la résolution et la clôture à l’amiable de l’accident social. Rappelons que – dans cette situation - l’empathie s’installe lorsque l’offenseur s’efforce de communiquer son expérience d’une réponse émotionnelle face à l’émotion exprimée par la personne offensée.  

Exemple 1 : Je reconnais que ma candeur peut parfois attirer le mensonge. Désormais, sache que je te demanderai, ici ou là, de me fournir des gages de ta loyauté.

Exemple 2 : Je veux que tu reconnaisses à quel point j’ai pu me sentir outragé par ton insoumission…même si je suis d’accord pour que nous réexaminions les droits et devoirs de chacun au sein de la famille.


Et qui pardonne au crime en devient complice. (Voltaire)
Que faire en l’absence d’empathie ? Vouloir pardonner les offenses d’une personne enfermée dans son égoïsme vous compromettrait immanquablement. Si votre « offenseur » ne vous témoigne pas d’empathie, alors il vous faudra peut-être reconsidérer le bien-fondé de cette relation. En effet, pourquoi poursuivre une relation potentiellement toxique ? Que peut-on attendre d'un individu dépourvu de sensibilité qui ne se soucie que de son propre intérêt, même au détriment d'autrui ? La mise à l’écart temporaire de cet offenseur devient alors une nécessité : celle de vous préserver. 








Le cycle de l’expérience du pardon.